• pont à Toulouse

EDITO

Chers amis,

Suivant la récente actualité nationale, je vous invite à réfléchir sur la distinction entre « savoir communiquer dans une langue » et « parler cette langue ».

Savoir communiquer implique comprendre ce que l’on nous dit et ce que l’on attend de nous. Dans une situation professionnelle, on nous demande de bien connaître notre métier et les tâches que nous devons réaliser. Ces tâches passent par des savoir-faire, des gestes précis, attendus et en lien avec les autres postes de travail. Si elles sont bien effectuées, elles témoignent de notre compréhension de la situation. Ce sont ces gestes qui sont essentiels et qui constituent la compétence.

Dans certains domaines où les gestes professionnels passent par la langue, par exemple être enseignant, secrétaire, journaliste, etc., la maîtrise de la langue qui sert de vecteur pour communiquer les informations, est indispensable. Dans ces cas précis, une maîtrise défaillante peut entraîner un quiproquo lourd de conséquences.

La situation professionnelle initiale qui a vu éclore la « clause Molière » relève plutôt du premier cas de figure décrit ci-dessus. En effet, sur un chantier dans le BTP, ce sont les gestes justes qui font de l’employé une personne indispensable à la réussite de la construction d’un bâtiment.

La question est donc : pourquoi aller chercher une justification auprès de la maîtrise linguistique pour tenter de discriminer des personnes ?

Ce n’est pas la première fois que la maîtrise de la langue française est pointée comme laissez-passer alors que bien des personnalités de l’Hexagone s’enorgueillissent en même temps de toutes ces personnes venues d’ailleurs qui contribuent aujourd’hui à son rayonnement. Encore une contradiction ! Peut-être faut-il voir dans cette tentative d’imposition une alerte vis à vis des basculements possibles où un argument a priori en faveur de la langue française la transforme en objet d’exclusion. Le fait d’avoir appelé cette démarche la « clause Molière » montre du reste à quel point un artiste comme Jean-Baptiste Poquelin (de son vrai nom) peut être l’objet de manipulations dangereuses. Effectivement, ses écrits témoignent de la France diversifiée du dix-septième siècle où se côtoyaient des parlers aux accents chantants et où, sous couvert de comédies, bien des situations discriminantes étaient dénoncées. Une ironie de l’histoire…

Nathalie Spanghero-Gaillard
Présidente

 

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