Mon arrivée en France par Oliver

Oliver Butterfield et Nathalie Spanghero-Gaillard La première fois que je suis entré en France, c’était le premier juin 1997. J’avais pris un congé sabbatique de six mois hors de mon travail, pour faire du vélo autour de l’Espagne et de la France.  Après deux mois en Espagne, j’étais prêt pour la France.  J’ai gravi les Pyrénées pour y entrer par le Col de Somport. L’ascension a été un peu dure, mais j’étais jeune et en forme à l’époque. Il faisait très beau ce jour-là, avec beaucoup de soleil.  En arrivant au sommet, je n’ai pas vu la moindre trace de frontière.  Je me suis demandé si j’étais en France ou encore en Espagne.  Il y avait à côté de la route deux couples français, qui déjeunaient devant leur grosse caravane, et je me suis approché d’eux.  J’étais timide, car je ne connaissais que quelques pauvres mots en français.  Mais ils ont tous les quatre été très aimables, très accueillants.  Au moyen d’un mélange bizarre d’anglais, d’espagnol, de français et de signes, ils m’ont fait de comprendre que moi, j’étais encore en Espagne, mais qu’eux, ils étaient en France.  Alors, j’ai fait deux pas vers le nord—et c’est ainsi que je suis arrivé en France. Les deux couples étaient des vignerons de Bordeaux, en vacances.  Les deux hommes roulaient à vélo, et les femmes les suivaient dans la caravane.  Ils étaient très gentils et m’ont invité à déjeuner avec eux.  J’avais faim, mais j’ai refusé, étant encore timide par rapport à la communication.  Depuis vingt-et-un ans je regrette ce refus, et j’ai appris ce jour-là que le pire ennemi d’un voyageur, autant que d’un apprenant de langues, c’est la peur d’avoir l’air d’un idiot.  Le voyageur et l’apprenant doivent porter le bonnet d’âne avec fierté et résolution ; plus ils tentent et plus ils se trompent plus c’est bénéfique. Bien-sûr les vignerons avaient avec eux beaucoup de vin, et ils m’ont donné une bouteille.  Ce n’est pas le vin qu’ils vendaient au public, mais celui qu’ils gardaient pour eux-mêmes.  Je l’ai bu un mois plus tard avec une autre personne, et pour tous les deux ça a été le meilleur vin que nous ayons bu dans nos vies.  Je me souviendrai toujours de cet accueil chaleureux en France, et j’ai encore la photo des quatre vignerons, l’un berçant dans sans bras comme un bébé ma bouteille de vin. Après ça, j’ai roulé dans les Pyrénées pendant deux semaines, et je suis arrivé à Toulouse bien fatigué, prêt pour une pause. La Ville Rose m’a beaucoup plu et j’y suis resté deux semaines.  J’avais envie d’apprendre la langue, donc je me suis inscrit à l’Alliance Française, école de français pour étrangers, et j’ai intégré un cours de quatre semaines, en cours de route. C’était une classe joyeuse, avec des étudiants de divers endroits du monde. La jeune professeure Nathalie était très douée, très patiente (surtout avec moi, le plus débutant), et j’ai appris pas mal de la langue. J’ai ensuite continué mon petit “tour de France”, et fin juillet je suis arrivé à Lyon, ou je suis resté tout le mois d’août, à nouveau à l’Alliance Française.  Le prof lyonnais, Xavier, était aussi bon que Nathalie et j’en ai beaucoup profité, retournant au Canada et à mon travail deux mois plus tard, assez bilingue ! En 2015, après avoir pratiqué le droit pendant trente-sept ans comme procureur et comme avocat, j’ai pris la retraite, et je suis devenu un gentilhomme des loisirs.  J’avais toujours eu envie de retourner à Toulouse, dont je me souvenais toujours tendrement. Cette année, j’ai sauté le pas et je me suis réinscrit à l’Alliance Française toulousaine.  Le 29 octobre, j’y ai commencé le cours intensif de quatre semaines.  Je venais de fêter mon soixante-neuvième anniversaire. Après une semaine ici, j’ai le sentiment d’être encore une fois presque un débutant, car j’ai oublié la plupart du français que j’avais appris il y a vingt-et-un ans.  Mais petit à petit ça s’améliorera—j’espère. Mon premier jour à l’école, j’ai eu une heureuse surprise.  En passant dans le couloir j’ai vu une personne du passé que j’ai reconnue immédiatement. Elle n’a pas du tout changé. Je l’ai arrêtée pour bavarder un peu.  C’était mon ancienne professeure Nathalie, qui, au cours des années avait réussi son doctorat et est devenue la Présidente actuelle de l’Alliance Française de Toulouse !  Comme ça a été un moment nostalgique pour moi ! Oliver Butterfield – Canada – Niveau B1-1

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