Les expressions de Yolande

Photo croquants

Dans le Tarn, le croquant est un gâteau qui invite à en manger toujours davantage tellement il plaît.
Mais voyons un peu l’évolution du mot croquer à partir du XIIIe siècle.

Nous vous proposons une nouvelle rubrique : nos expressions françaises. C’est aussi une nouvelle plume Yolande Alibert, journaliste, historienne et passionnée de langue française qui vous révélera leurs origines, parfois insoupçonnées !
On attend le XVe siècle pour développer le sens transitif de « broyer sous la dent avec un bruit sec ». Par métonymie, il a pris celui de « manger entièrement, dilapider ». Il a pris une autre valeur au sens de « connaître superficiellement quelque chose » et a reçu la valeur imprévisible de « prendre un dessin sur le vif » d’où le mot croquis. C’est probablement là l’origine de l’expression « belle à croquer ». Les dérivés de croquer sont distribués entre une quantité de termes exprimant un bruit (dans le domaine culinaire) et deux termes de dessin : croqueur, croqueuse pour les deux sens apparus dans l’ancienne expression « croqueurs de pies » qui voulait dire « gros buveur », ce mot désigne depuis le XVIIe siècle « celui mange beaucoup » au propre et au figuré, puis « l’artiste qui croque un dessin ». Ce mot est entré avec les valeurs du verbe dans « croqueur de dot » en 1861 et « croqueuse de diamants » en 1952.

Remarquons que le croquet est apparu en 1642 et croquante en 1716, croquette en 1740 et nous arrivons à croquant en 1829. Ces mots désignent des préparations culinaires tant en pâtisserie et confiserie qu’en cuisine pour des préparations hachées et salées. Croquant s’est limité à la biscuiterie, motivé à nouveau par le sens de « qui croque sous la dent ».

Pour en revenir au verbe croquer qui a servi à former plusieurs composés qui procèdent plus ou moins clairement de sens particuliers de croquer : croque-note ou croquenote (musicien pauvre qui croque ou saute la note), croque-mort ( qui fait disparaître le mort), croque-mitaine (qui figure le chat accompagnant le diable et ferait disparaître les enfants), croquenots (familièrement un gros soulier par référence au bruit en marchant).

En cuisine trois composés sont reconnus : croquembouche ou croque en bouche, croque-monsieur, croque-madame.

Le croquant appliqué péjorativement à un paysan se réfère particulièrement aux paysans du sud-ouest. Ce croquant fut réhabilité dans la légende folklorique avec le roman d’Eugène Le Roy Jacquou le Croquant (1899). Le mot demeuré historique ou régional a connu un regain de succès avec la chanson de Georges Brassens.

Laisser un commentaire