Amedeo Canton, reporter à Oulan-Bator – partie 2

Alliance Française Oulan-Bator

Dans l’édition précédente, Amedeo, jeune journaliste italien, nous emmenait dans ses bagages pour un grand voyage en Mongolie. Ses pérégrinations l’ont conduit « tout naturellement » à l’Alliance Française d’Oulan-Bator afin de trouver la réponse à une question qui le taraudait : pourquoi apprendre le français à plus de 7000 km de l’Hexagone ? Les mieux à même d’y répondre étaient les étudiants. Khulan et Jargalan nous expliquent. Témoignages …

KHULAN

Khulan est une jeune femme de 17 ans qui portait des lunettes rondes à monture fine, et qui écrivait d’une écriture petite et élégante. Quand une des professeures m’a invité à m’asseoir à sa table pour converser avec elle, elle a mis son cahier de côté, l’a positionné près de ses livres et a attendu ma première question avec un air poli.

Malgré son jeune âge et son allure discrète, Khulan semblait avoir les idées claires sur son avenir. En février prochain, elle déménagera en France pour commencer ses études universitaires. C’était la raison pour laquelle elle étudiait le français : son éducation.

Au début, elle m’a confié qu’elle avait essayé de se faire accepter dans les universités américaines. Pas nécessairement pour une question de qualité : malgré l’idée répandue, les « États-Unis » n’étaient pas toujours synonymes d’excellence. Plutôt parce qu’en Mongolie et dans beaucoup de pays dans le monde, un diplôme américain reçoit une considération particulière, différente de celle de tous les autres.

Dans tout les cas, en répondant à sa demande d’acceptation, les universités auxquelles Khulan avait postulé ne lui avaient accordé aucune bourse. Or, elle avait besoin d’une bourse pour vivre à l’étranger. Elle s’était donc orientée vers une autre direction : Paris.

Dans les Instituts de Paris, sa requête avait été accueillie différemment : elle l’avait obtenue. Son projet d’étudier à l’étranger pouvait se transformer en réalité.

Pourquoi choisir la France en général ? Parce que les universités françaises étaient célèbres, même en Mongolie, pour leur qualité élevée. Et pourquoi Paris – même si ça pouvait sembler évident ? Paris pour une raison précise : sa tante y habitait. Une raison qui n’était pas secondaire. Khulan vivrait avec elle, dans sa maison.

Sa tante était arrivée à Paris il y a dix ans et en plus de la loger, elle aiderait Khulan à s’accoutumer au rythme de vie de la capitale, très différent de celui de Oulan-Bator.

L’amour de Khulan pour Paris dépendra aussi des leçons qu’elle aura. Avant de s’inscrire à son école, elle a longtemps été indécise sur quoi étudier, tiraillée entre la biologie et la médecine. Après avoir envisagé les deux, elle a trouvé un compromis, et s’est inscrite à la Faculté de biotechnologie.

Comme elle avait essayé d’entrer dans les universités américaines, Khulan parlait déjà couramment l’anglais. C’est désormais quelque chose de commun, chez les jeunes de son âge. Mais qu’est-ce qu’elle pensait du français ? Avant de gagner l’Europe, elle s’était fixée l’objectif d’arriver au moins à un niveau intermédiaire. Jusqu’à là, avait-elle eu des difficultés à l’apprendre ? Et quelles étaient les choses les plus compliquées ?

La chose la plus compliquée était sûrement la différence entre masculin et féminin, m’a-t-elle dit sans hésiter. Se rappeler du genre des choses.

La grande majorité des langues asiatiques, mongol inclus, ne distinguent pas le masculin et le féminin, et en anglais, cette distinction subsiste seulement quand il s’agit de personnes : les objets restent neutres. Le français était pour Khulan la première langue dans laquelle elle se trouvait à devoir appliquer la « logique des sexes » à des choses.

« Et les conjugaisons ? », ai-je demandé.

« Les conjugaisons… », a répété Khulan. C’était presque le même discours : sa langue ne prévoyait pas de différences entre les personnes qui accomplissent une action, et l’anglais, seulement dans une minorité de cas. Les irrégularités verbales sont elles aussi limitées, en anglais. Pour Khulan, les conjugaisons étaient difficiles aussi. Il fallait les apprendre par cœur. Il n’y avait aucune autre possibilité.

JARGALAN

Jargalan a 23 ans. Elle avait commencé à étudier le français à l’université, entre 2013 et 2014, quand elle avait 19 ans, et avait continué pendant un an et demi. Puis, elle avait arrêté. Même si elle a passé une quantité de temps très élevée sur les livres, la méthode que son université utilisait n’était pas bonne, et pendant toute cette période-là, elle n’avait pas progressé.

Elle est retournée au français seulement il y a quelques mois, avec l’Alliance. La façon d’étudier que l’Alliance propose est bien meilleure, à son avis. C’est la meilleure pour apprendre et améliorer rapidement son niveau.

Jargalan a besoin du français parce qu’elle a l’intention d’entrer dans l’armée. En m’expliquant ça, d’un geste naturel, elle a fait glisser de son front ses cheveux noirs, longs jusqu’à la moitié du cou.

Pour entrer dans l’armée, on a besoin des langues, m’a-t-elle dit. La majorité de gens en Mongolie étudient l’anglais, mais l’anglais seul ne suffit plus. Pour passer les sélections, il faut en connaître plus. En Mongolie, il y a beaucoup de militaires, et d’aspirants militaires, qui étudient le français. Le ministère de la Défense mongol a lancé un programme de développement de ses technologies et des techniques d’entraînement qui bénéficie de l’appui de l’armée française. Pour les soldats mongols, il sera très important de pouvoir communiquer avec leurs nouveaux partenaires, dans leur langue maternelle. De pouvoir utiliser leurs machineries, de pouvoir comprendre leurs plans d’action, dans la langue utilisée pour les concevoir.

Jargalan avait aussi une autre raison, une raison personnelle, d’étudier le français. Au Canada, le français est langue officielle avec l’anglais. Et il ne lui déplairait pas d’habiter dans une des grandes villes canadiennes, dans le futur. Jargalan a déjà un très bon anglais, et espère arriver à parler un français au moins acceptable avant de passer ses examens militaires.

Quand elle m’a dit ça, j’ai eu l’impression qu’elle pourrait réussir sans trop de complications, si ses objectifs ne changeaient pas. Elle était sûre d’elle, déterminée, et surtout, elle était très jeune, avec plein de temps pour progresser. Une future soldate, qui déménagera finalement au Canada.

À suivre (…)

Amedeo Canton – Italie

Retrouvez la 1ère partie du reportage

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