NIEL d’HIER et d’AUJOURD’HUI

Entre la voie ferrée Toulouse-Bayonne au sud, les rues Saint-Roch à l’est, des Casernes au nord, du Férétra et Alfred Rambaud à l’ouest, s’étend un vaste terrain d’une dizaine d’hectares. Situé dans le quartier Saint-Agne, alors en pleine évolution, dominant la Garonne, il fut choisi, à la fin du 19ème siècle, pour y implanter une caserne, le « quartier Niel ».

Bien que construite sous la 3ème République, inaugurée en 1878, elle appartient par son style, par son organisation et ses fonctionnalités, aux casernes dites de type napoléonien. Elle s’en caractérise par son esprit et sa rationalité, sans doute aussi, car elle relève d’un souci des édiles de notre pays de rentabiliser au maximum les deniers publics*.

Le souci d’économie a conduit notre Hexagone à se couvrir de casernes au plan unique, dans le but, après la défaite cinglante de 1870, de reformer une armée solide capable d’assurer la revanche ! Montargis en Île-de-France, Nancy et Verdun dans le nord-est, Toulouse dans notre sud-ouest, pour n’en citer que quelques-unes.

Ses caractères architecturaux en portent donc la marque, mais ici, à Toulouse, ils évoquent aussi l’ocre de la célèbre brique toulousaine.

* « … Depuis 1830, la construction des nouveaux casernements obéit à des idées générales… encore à l’honneur de nos jours.
Ces idées reposent sur les notions de solidité, de salubrité, de simplicité et d’économie, ainsi que sur la recherche d’une certaine harmonie dans la régularité et la symétrie de l’ensemble et aussi dans la conception architecturale de la façade… ».
Source : « Le casernement militaire en métropole à travers notre histoire »

Niel Hier

La caserne s’organise autour de sa « Place d’Armes ». C’est un vaste rectangle de plus de 200 mètres de long sur plus de 150 de large et qui répond aux exigences liées à la vie d’une garnison. Les bâtiments l’encadrent d’un U imposant.

Orientés ouest-est, ils s’articulent à partir d’un important corps central, flanqué de deux ailes construites de deux parties distinctes qui forment les branches du U. Ces édifices de trois étages, une quinzaine de mètres de hauteur, prennent un air de majesté.

Côté ville, à l’est, une entrée monumentale close d’une belle et forte grille forgée, se cantonne de deux bâtiments de même style et de deux étages seulement, à l’architecture soignée : le corps de garde, à gauche en entrant et les services généraux à droite.

Derrière ces belles constructions, faites pour montrer, se cachent, le long des murs d’enceinte, des réalisations plus modestes : bâtiments techniques du matériel et des services, cuisines, infirmerie, parcours du combattant, parfois gymnase ou stand de tir…

La vie à la caserne, avant 1900, nous semble bien spartiate.

A Niel, avant 1914, on relève la présence du 14ème Régiment d’infanterie (le 14ème de Ligne), du 11ème RI et encore du 214ème RI, régiments qui vont se distinguer durant la « Grande Guerre* ».

Les soldats habitent en chambrées de 20 ou 40 hommes. Sanitaires et lavabos existent, mais nous n’oserions plus y faire notre toilette. Les hommes prennent leurs repas debout dans les chambrées. Il n’y a pas de chauffage, nous sommes dans le sud… Le confort, relatif, viendra, plus tard !

La construction est soignée, elle utilise les ressources locales : galets de Garonne, brique toulousaine, la pierre, aussi, qui reste symbole d’opulence. Les murs sont épais, 70 centimètres, cela maintient la fraîcheur en été et permet de ne pas trop souffrir du froid en hiver. Ils sont bâtis, à la mode toulousaine, de lits de briques, remplissage de mortier et de galets de Garonne.

Les bâtiments sont desservis, sur les trois étages, par trois larges escaliers qui permettent une circulation rapide et efficace.

Sur la fin de sa vie, la caserne Niel est occupée par les 9ème et 11ème RCP (régiments de chasseurs parachutistes). Ils la quittent en 1980. La fin du 20ème siècle la laisse à l’abandon. Devenue friche, elle sera en grande partie détruite dans les années 2007-2008…

Seuls demeurent quelques éléments importants et classés qui sont entrés dans son devenir.

Commence alors de 2009 à 2010-2011 un vaste chantier de fouilles archéologiques. Les lieux se révèlent riches d’histoire. En 2011, après l’étude scientifique de son sous-sol, la construction du nouvel ensemble Niel peut alors commencer. Le Rectorat d’académie s’y installe en décembre 2013.

*La première guerre mondiale 1914-1918.

Niel Aujourd’hui

En 2017, le quartier* Niel a perdu son sens militaire, il est redevenu un quartier de la ville et prend une dimension nouvelle. Il fait le lien entre les quartiers Saint-Agne et Empalot. La « place d’armes » est devenue un agréable jardin public largement ouvert sur Saint-Agne. Il reste le cœur du nouveau dispositif architectural.

Il est l’œuvre de Michèle Orliac et de Miquel Battle, architectes paysagistes et urbanistes toulousains dont le cabinet possède une renommée internationale. Michèle Orliac a remporté, en 2011, le prix le plus prestigieux de la péninsule ibérique : le prix FAD (Fomento des Arts i Disseny). Ils ont conçu un jardin à l’anglaise par opposition au jardin à la française, régulier, ordonné, maîtrisé. Le jardin à l’anglaise prend un aspect plus sauvage, plus poétique, plus naturel, pittoresque dans ses formes et ses volumes. Liberté est laissée à la nature.

Il est fait de collines arborées. Ses courbes et passages se coulent entre ciel et buttes à la végétation naturelle qui apparaît parfois exubérante. Ses auteurs n’ont pas oublié d’y faire place à l’homme et à l’enfant : théâtre de verdure, jeux pour enfants, toboggans et plan d’eau… Le jardin se ceinture, sur trois côtés, de magnifiques platanes plus que cinquantenaires. Il a gardé le monument dédié aux morts des unités qui habitaient ces lieux avant 1914.

Les nouveaux immeubles de Niel ont conservé le souvenir de la disposition en U originelle, ainsi que l’ancienne hauteur de construction ; cela confère encore à l’ensemble, le neuf et l’ancien, un sentiment d’unité et d’harmonie.

L’aile sud est constituée d’un bel ensemble de brique rouge, sur cinq étages, qui accueille une maison de retraite au sud-ouest et les vastes locaux du rectorat de l’académie de Toulouse dont le parvis et l’entrée monumentale ouvrent sur le jardin. L’aile nord, de même configuration est destinée à l’habitat. Elle ne manque pas d’attraits.

Un vaste porche, dans la perspective de celui de l’aile sud (rectorat), y relie le jardin au quartier Saint-Roch, face à la rue du 2 mai 1944*. Ces passages couverts reposent sur des colonnes carrées, des cippes imposants, en brique qui s’élèvent sur des soubassements de fortes pierres de taille.

Trois bâtiments de l’ancienne caserne ont été conservés. Ils abritent, à l’ouest, la « Maison des associations », à l’est, la « Maison de la citoyenneté » et une « crèche ». A « la toulousaine », ils affichent clairement leur identité : architecture soignée, usage de la brique, mariage harmonieux de brique et pierre de taille, comme pour les façades des plus beaux hôtels particuliers du 18ème siècle de notre ville.

Les façades ouest et est du bâtiment principal, dit « d’état-major », sont à l’identique. D’apparence soignée, elles s’affirment par un avant-corps central, suggéré mais bien sensible, flanqué de deux ailes, le tout relevé de symétries parfaites, elles présentent quatre niveaux personnalisés. Aujourd’hui, la façade ouest, bien dégagée, domine le paysage, la Garonne, et se remarque de loin. La façade sur jardin était autrefois façade principale. Elle regarde vers l’est.

Elle attire le regard et retient l’attention par sa qualité et l’équilibre qu’elle dégage : symétries nombreuses et variées ; linteaux de portes et fenêtres, en pierre et formant corniche ; clés de fenêtres en pierres de taille, en relief, de forme trapézoïdale, très régulières ; clés de portes imposantes en trapèze, en saillie et taillées en pointe de diamant.

Au rez-de-chaussée, le soubassement est construit en pierres de taille, martelées et travaillées en nid d’abeille. Le soubassement est affirmé par une corniche en pierre qui court en saillie le long de la façade, tandis qu’au second étage, la corniche en relief est soulignée de brique.

Les encadrements verticaux des fenêtres et portes sont en brique toulousaine, incrustés de « gaffonières* ». Ces pierres de taille blanche sont disposées régulièrement, au nombre de trois sur chaque pan vertical. Elles contribuent à enrichir et embellir la façade. Les fenêtres du troisième étage ont remplacé leur linteau supérieur par un beau chapiteau triangulaire, toujours en pierre et toujours en relief. Les linteaux verticaux, en brique, imitent des colonnes qui rappellent le style dorique.

Ce dernier niveau, est traité à la mode Île-de-France ; les flancs verticaux sont couverts en ardoise tandis que les toitures ont conservé la tuile. Ce mariage produit le plus heureux effet. Le corps central du bâtiment d’état-major, est, à ce niveau, surmonté d’une structure, couverte d’ardoise, qui abrite et met en valeur l’horloge, sous laquelle un cartouche gravé porte : « CASERNE NIEL ».

A l’est, à l’entrée du jardin, la maison de la citoyenneté et la crèche, quoique de dimensions plus modestes sont traités avec la même recherche.

 

*Quartier : « Au 16ème siècle, les rares casernes construites à cette époque étaient constituées d’une suite de petites maisons accolées, pouvant servir aussi bien au logement des hommes qu’à celui des chevaux…Mais le logement de la troupe… se faisait au détriment des populations civiles que l’on expulsait de certaines parties des villes, c’est ce qu’on appelait « mettre les troupes en quartier ». Ce mot est resté dans l’usage (militaire) pour désigner le casernement d’une troupe à cheval… ».

*Rue du 2 mai 1944, ou rue Cité du 2 mai 1944 : Elle témoigne d’un évènement historique survenu au cours de la Seconde Guerre mondiale. Sur renseignements de la Résistance toulousaine, les Alliés ont décidé, cette nuit-là, de bombarder et détruire ‘l’arsenal et la poudrerie’ situés rive gauche. Craignant la réaction des défenses anti-aériennes, les aviateurs ont largué leurs bombes de très haut, ce qui a élargi le périmètre de la cible. La population civile a été éprouvée, les pertes sévères. L’État a alors décidé de construire une cité pour reloger en urgence, les sinistrés. Une zone de petits pavillons individuels avec jardins a été réalisée, toute proche de la caserne Niel. Dès 1950, l’état a proposé aux locataires d’accéder à la propriété et d’acquérir leurs habitations. Aujourd’hui, les résidents de la cité luttent pour préserver le devoir de mémoire, et garder les charmes de cette zone pavillonnaire.

*Gaffonière : en langue toulousaine. Pierres de taille de forme carrée qui sont réparties dans le linteau vertical en brique d’une porte ou fenêtre, au nombre de deux ou trois. Ces pierres étaient destinées à supporter les « gaffons » (gonds en français) qui tenaient les volets. Elles sont, peu à peu, devenues des éléments de décoration ; onéreuses, leur nombre exprimait la richesse du propriétaire, ainsi en est-il de l’Hôtel de la Belle Paule, rue du Languedoc.

A suivre : « Niel Demain, l’Alliance Française de Toulouse ».

Serge Lemaire – vice-président Alliance Française Toulouse

Source : « Historique militaire des huit départements de Midi-Pyrénées.  Son auteur est le major CONSORTI. Il a été édité par l’Inspection du Génie Militaire, et validé par le Service Historique des Armées en 1989. Merci à Florent Bridault, son conservateur et membre de l’Alliance Française Toulouse.

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