« NIEL ». Un peu de géo, un peu d’histoire !

Serge Lemaire, Vice-président de l’Alliance française de Toulouse – Certifié en Histoire  – Ancien proviseur du Lycée Berthelot – Président du Centre de formation du Stade Toulousain – Écrivain – Membre de l’Académie du Languedoc, nous dévoile un peu d’histoire toulousaine.

Un peu de géo

Le site de Toulouse antique est marqué par une belle terrasse, assez haute pour échapper à toutes les crues de la Garonne. Cette terrasse s’étend au sud jusqu’à l’ancien lit de l’Hers qui, à Saint-Agne, se jetait dans la Garonne.

L’angle sud-ouest de ce lieu sécurisé a été occupé par l’homme de très longue date, puisqu’on y trouve dès le 10ème siècle avant J. C. une importante zone commerciale et artisanale.

En effet, les Tolosates, puis les Volques Tectosages, depuis l’Âge du Bronze, ont laissé là les traces d’une activité soutenue, voire intense. Niel représente sans doute le plus important et le plus ancien site d’habitat de la plaine toulousaine, avec la zone du confluent Touch-Garonne, et cela jusqu’à la naissance de Toulouse romaine au tout début du premier siècle de notre ère (7-14 après J.C.).

Au 1er siècle de notre ère donc, la partie ouest de la terrasse portait la fameuse « Via Domitia » qui reliait Tolosa à Narbonne et Rome. Elle traversait la place Lafourcade (côté ouest), suivait sensiblement les rues A. Viadieu et du Férétra puis Saint-Roque sur le futur emplacement de la caserne Niel.

Comme à l’entrée de toutes les grandes villes romaines, elle était bordée de monuments funéraires, d’où le nom Férétra.

Entre le rebord de la terrasse, à l’ouest, et la Garonne s’étendait une zone inondable insalubre qui s’achevait, vers le nord, aux Moulins du Château Narbonnais, aujourd’hui Port Garaud.

Les crues de la Garonne ont toujours menacé Toulouse, fait de lourds dégâts et de très nombreux noyés…


A partir du 4ème siècle et jusqu’au 15ème siècle, Toulouse a surtout vécu repliée dans ses murs, afin d’échapper à tous les fléaux guerriers… L’habitat hors les murs était très aléatoire et peu dense, le quartier Saint-Agne ne s’est développé qu’à partir du 18ème siècle et surtout au début du 20ème.

De plus, entre l’ancien cours de l’Hers et la ville, les parties les plus basses y étaient couvertes de marécages.

 

Un peu d’histoire

Le Maréchal Niel a donc trouvé, là, un lieu très propice à l’implantation d’une caserne. Il mourra avant même les débuts de sa construction.

Le « quartier Niel », années 1870, était une très belle réalisation, l’inauguration a eu lieu en 1878, dans le style fort répandu des casernes dites napoléoniennes.

Il ouvrait à l’est, rue Saint-Roque au n°81, une entrée monumentale. Les faces sud, est, ouest étaient bordées, soit par des bâtiments sans ouvertures sur l’extérieur, soit par de hauts murs (surtout à l’ouest).

Une rue, face à l’entrée, rue du 14ème R.I., menait droit à la ville (la Grande Rue Saint-Michel s’achevait alors à la gare Saint-Agne), assez courte, à peine 200 mètres.

Le Quartier Niel tournait carrément le dos à la Garonne.

Après la guerre, la population de Toulouse s’accroît. La Municipalité décide d’entreprendre de grands travaux, elle érige les digues, rive gauche et rive droite en amont de Toulouse. Elles sont terminées en 1955.

La Municipalité décide de créer entre la ‘Terrasse’ (rue du Férétra et caserne) et la Garonne, un nouveau quartier, Empalot, dont les premiers grands immeubles sont constitués par la cité Daste. Ce quartier très délimité reste aussi très enclavé contre la digue de la rive droite, il est, de plus, bordé par une voie rapide, le « tout automobile » oblige !… Ce qui n’arrange rien…

Années 2000. La caserne se vide…

La Municipalité décide de créer un nouveau quartier qu’elle appelle ‘quartier Niel’.

Le but ? Assainir cette zone devenue déshéritée, et créer un lien entre Saint-Agne et Empalot. Elle choisit de conserver trois bâtiments de la caserne, le commandement au fond de la « Place d’Armes » qui devient la « Maison des associations » et les deux bâtiments qui encadraient l’entrée principale rue Saint- Roch, la « Maison de la Citoyenneté » au sud et une crèche au nord.

Ces bâtiments, heureusement conservés, présentent les caractères d’une architecture classique et de qualité de la fin du 19ème siècle à Toulouse. Ils sont aujourd’hui classés.

La Place d’Armes est transformée en jardin public.

Les murs, les anciens bâtiments sont détruits.

Le Rectorat d’Académie, très réussi, et une maison de retraite forment l’aile sud actuelle, tandis que le nord reçoit 450 logements dont 30% sont réservés en logements sociaux.

Il faut encore créer une respiration vers Empalot, pour cela, les ouvertures de la Maison des Associations qui étaient situées côté est s’ouvrent désormais côté ouest.

D’autres aménagements sont prévus derrière (pour l’ancien Toulousain que je suis), devant (pour les nouveaux) la Maison des Associations côté ouest, aujourd’hui place Guy Hersant.

Pour l’heure, le jardin, les réalisations architecturales affichent un équilibre qui invite à la sérénité.

Serge Lemaire

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