Le festival « Mai photographique » à l’AF

Chaque année, au mois de mai, nous accueillons le très beau festival le « Mai photographique ».
Pour cette nouvelle édition, c’est une femme, Noëlle Ballestrero, qui investit nos espaces. Elle y présente environ une trentaine de photographies sur les artisans africains.
A travers son regard, nous découvrons le quotidien de ces métiers qui répètent sans cesse le même geste à longueur de journée. Nous sommes plongés dans un univers coloré et décalé !

« Les Artisans Africains»

Mali, Burkina Faso , 2010

« Une petite boutique de 20m². Imprimerie, cybercafé, une clé 3G pour quatre ordinateurs et devant, une petite table sur laquelle il répare les portables. Cet artisan Malien remplace l’écran d’un téléphone portable en une heure, pour une misère. En France, comptez une semaine et une facture à trois chiffres.
Le contraste entre l’artisan africain et l’occidental m’avait déjà saisie. Lors de ce voyage, j’étais partie illustrer ces différences par des séries de portraits en duos : un artisan africain, son homologue occidental. Et montrer ainsi, combien la simplicité de ceux qui font avec ce qu’ils ont supplante en beauté et en force nos technologies.
J’étais partie avec une idée en tête. Mais ce voyage a su me la faire oublier. Un brodeur dans les rues de Markalla. Il tape sur mon épaule. De mon amie ou de moi, c’est mon regard qu’il a choisi. Il ne savait rien de mon projet, mais il m’a pris par la main et s’est montré. Et chaque rencontre s’est faite comme une évidence.
Chaque prise de vue m’a rapprochée de cette certitude : il faut oublier mon idée. Il n’y a pas besoin de mettre en contraste les ouvrages et les techniques pour en perce­voir la beauté. Leur travail parle de lui-même. C’est ainsi que j’ai commencé à concevoir ces triptyques. Un par métier. »

Voici un aperçu de son parcours :« Tu verras, une fois que tu choisis ta voie, tout va tomber sous le sens».
Le choix, drastique, d’abandonner une carrière de cadre, remplissant des objectifs. La voie, celle qui mène aux objectifs qui remplissent les cadres.
Les premières images de Noëlle Ballestrero témoignent déjà d’un amour de la construction graphique. Jeux de regards clairement obscurs, elle aime à mettre en perspective les forces des lignes. Bien sûr, il y a des ateliers photos, un CAP, des stages… Mais cette ancienne étudiante en chimie, promue ex-cadre, sait l’inanité des formations quand il s’agit de dépasser la captation pour rentrer dans la création. Elle se lance donc un défi : sur-exposer son être pour en faire un déclencheur d’émotions.

« Bizarrement, c’est en me perdant dans le désert que je me suis (re)trouvée ».
Un atelier nomade, sur un autre continent : partir hors-cadre d’un occident oppressant.
Trois mois en Afrique, trois pays agissant comme autant de bains à rebours vers la quête d’un regard.
La sérénité du Maroc agit comme un rinçage, la lavant des rythmes en rafales d’une société où l’argent tue l’argentique.
La fixation s’est faite autour d’un rocher mauritanien. Perdue là où elle croyait s’abriter, Noëlle n’a pas tourné en rond autour de ce rocher, mais en spirale. Se retrouvant au même endroit, juste un peu plus élevée vers elle-même… C’est au Mali qu’elle en a la révélation. Son boitier n’est pas une fenêtre ouverte vers les autres, mais une porte à tambour. Son regard donne pour initier l’échange, dans des dialogues muets, des jeux sans paroles.

« Mon art est mon air »
Désormais, Noëlle construit des œuvres où le naturel de la composition graphique le partage avec la force tranquille des émotions.
Photographe de scène, elle traque l’instant où la beauté plastique nait de l’émotion partagée, du partage artistique.
Photographe d’art, ses sujets reflètent l’émotion qu’elle fait naitre, que ce soit au coeur des marchés maliens ou au sein d’un roman-photo flirtant avec le théâtre d’ombres. Mettant en abîme les cadres qui nous entourent, elle morcelle des corps pour mieux en refléter l’intimité…
Jouant avec les ombres, Noëlle veut mettre en lumière son coeur et ses viscères pour que son papier ne soit jamais glacé.

Pour avoir un panorama complet de son travail voici son site
Une rencontre sera organisée avec l’artiste mercredi 25 mai à 14 heures, dans le salon de l’Alliance française

 

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